Maurice DURUFLÉ (né en 1902 - mort en 1986)

    Qu'est-ce qu'un Requiem, sinon la conduite d'un être cher au seuil de l'éternel repos? Cette démarche confiante s'accomode très mal de la grandiloquence. Comment un trépassé pourrait-il s'endormir dans un fracas "assaisonné" de paroles menaçantes? A peine sorti de la vallée de larmes, on évoque complaisamment la fournaise qui va, pour toujours, sécher les pleurs terrestres. L' homme a tant souffert ici-bas que la notion de la félicité céleste lui échappe et, même, l'offense. Pas de repos sur cette planète, pas davantage dans les cieux - voilà ce que proclament neuf fois sur dix les Requiem. La consolante perspective !...

    Un artiste, vers la fin du siècle dernier, avait eu le courage et l'intelligence de rompre avec ce préjugé barbare. Il avait éclairé d'espoir les strophes vengeresses du Dies Irae. Au lieu du couchant tragique que Berlioz avait empâté de teintes sulfureuses, Fauré, composant une messe des morts, avait fait se lever une aube sereine, éclairée d'amour et d'espérance.

    En présence d'un modèle à jamais décourageant, Maurice Duruflé en a suivi l'esprit, mais non la lettre. Comme Fauré, il a recueilli l'héritage du plain chant grégorien et en a retenu la couleur et la courbe. Expressifs comme des soupirs, les neumes grégoriens sont également souples comme des prétextes. Duruflé a médité l'office des morts et, chaque fois qu'il a pu utiliser un motif textuel, il n'a pas hésité. Et pas d'avantage à user des voluptés de l'harmonie contemporaine, dont Ravel et Fauré - ce dernier surnommé par Reynaldo Hahn "le grégorianisant voluptueux" - ont démontré qu'elle s'accommodait parfaitement à l'archaïsme des échelles modales. Sur des pensées antiques, Duruflé a fait des vers nouveaux. Des thèmes du plain-chant sont d'abord présentés nus, puis revêtus d'une parure harmonique à la fois somptueuse et sobre: c'est là que réside l'extrême habileté du compositeur, qui "louvoie" perpétuellement entre deux écueils - celui de la sécheresse, celui de l'anachronisme - évités l'un et l'autre avec une maîtrise déconcertante.

    "Terminé en 1947, écrit Maurice Duruflé, mon Requiem est entièrement composé sur les thèmes grégoriens de la Messe des morts. Tantôt le texte a été respecté intégralement, la partie orchestrale n'intervenant que pour le soutenir ou le commenter; tantôt je m'en suis simplement inspiré, ou même complètement éloigné - par exemple dans certains développements suggérés par le texte latin, notamment dans le Domine Jesu Christe, le Sanctus et le Libera. D'une façon générale, j'ai surtout cherché à me pénétrer du style particulier des thèmes grégoriens: ainsi me suis-je efforcé de concilier, dans la mesure du possible, la rythmique grégorienne - telle qu'elle a été fixée par les Benédictins de Solesmes - avec les exigences de la mesure moderne."

    Quant à la forme musicale de chacune de ces pièces, elle s'inspire généralement de la forme même proposée par la liturgie. L'orgue n'a qu'un rôle épisodique: il intervient, non pour soutenir les choeurs, mais seulement pour souligner certains accents, ou pour faire oublier momentanément les sonorités trop humaines de l'orchestre. Il représente l'idée de l'apaisement, de la foi et de l'espérance.

    Le Requiem de Duruflé est écrit pour un orchestre par trois (avec quatre cors), quintette à cordes, harpe, célesta, percussion et orgue; choeurs mixtes, un soprano et un baryton.

    Quelques années auparavant, Duruflé s'était, si l'on ose dire, fait la main en écrivant Quatre Motets sur des thèmes grégoriens destinés à être chantés aux vêpres : Ubi  caritas et amor. Tota pulchra es, Tu es Petrus, Tantum ergo. Monde purement harmonique, monde strictement polyphonique, Duruflé se meut partout avec la même science, la même aisance, le même sens de la rythmique souple qui est bien l'image de notre pauvre prière humaine, avec ses hauts et ses bas, ses moments d'extase, ses chutes, ses faiblesses, ses "infiniment tendres"... Est-il une musique qui parle au Créateur avec autant d'objectivité, de pouvoir d'adoration?



    What is a Requiem, if not the guidance of a cherished being to the threshold of eternal rest? This confident action is a poor partner to grandiloquence. How can the deceased fail into slumber in the midst of a hulabaloo screaming with threats? Hardly delivered from the vale of tears, hellfire to forever dry earthly tears is obligingly evoked. Man's torments on earth are such that the notion of celestial joy escapes him, and perhaps even offends him. No test on this planet, no more in heaven is proclaimed in nine out of ten Requiems. A consoling perspective...

    An artist at the end of the last century had the courage and the  intelligence to break with this barbarious prejudice. He brightened with hope the vengeful verses of the Dies Irae. Instead of the tragic sunset that Berlioz had darkened in sulfurous hues, Fauré, in composing a mass for the dead, had arise a gentle dawn in the light of love and hope.

    Faced with such a discouraging example, Maurice Duruflé followed it in spirit, if not to the letter. Like Fauré, he was imbued with the tradition of Gregorian plain-chant, retaining ils colour and relief. Expressive like sighs, the Gregorian neumes are also supple like cloth. Duruflé meditated upon the service for the dead, ans each time he was able to use a textual motif, he did not hesitate to do so, just as he delved into the voluptuousness of contemporary harmony, which Ravel and Fauré - the latter nicknamed "the voluptuous Gregorianiser" by Reynaldo Hahn - showed that it fitted per ectly into the archaism of the modal scales. On antique thoughts, Duruflé created new verses. The plain-chant themes are first presented nude, then clothed in a harmonie garb both sumptuous and sober: here lies the composer's extreme skill, who constantly manoeuvers between two pitfalls, dryness and anachronism, both avoided with disconcerting mastery.

    Finished in 1947, "wrote Maurice Duruflé," my Requiem is entirely composed on Gregorian themes from the Mass for the Dead. Sometines the text has been wholly respected, the orchestra intervening only to uphold or comment; sometimes I was only inspired by it, and sometimes left it altogether - for example in certain developments suggested by the Latin text, especially in the Domine Jesu Christe, Sanctus and Libera. In general, I above all strove to be influenced by the particular style of the Gregorian themes: thus conciliating, as far as possible, the Gregorian rhythmas fixed by the Benedictine monks of Solesmes - with the demands of modern practice."

    As to the musical form of each of these pieces, it is generally inspired by the form proposed in the liturgy. The organ has but a passing role: it comes in not to accompany the choirs, but just to underline certain accents, or to let one momentarily forget the all-too-human sonorities of the orchestra. It represents the idea of peace, faith and hope.

    Duruflé's Requiem is written for an orchestra with winds by threes (with four horns), full strings, harp, celesta, percussion and organ ; mixed choirs, soprano and baritone.

    A few years before, Duruflé had made a successful attempt in the style in writing Four Motets based on Gregorian themes destined to be sung at vespers : Ubi caritas et amor, Tota pulchra es, Tu es Petrus, Tantum ergo. In a purely harmonie world, in a strictly polyphonie world, Duruflé effects all with the same science, the same ease, and the same supple feeling for rhythm which is quite the image of human prayer, with its highs and lows, its moments of ecstasy and despair, its weaknesses, its moments of infinite tenderness... Is there another music which speads to the Creator with so much objectivity, so much power to adore?

Translated by Fred Baker


    Was ist ein Requiem, wenn nicht die Begleitung eines teuren Verstorbenen auf dem Weg zu seiner letzten Ruhe?  Hochtrabendes Pathos hat mit vertrauensvollem Ausblick auf das Jenseits wenig zu tun. Wie könnte der Abgeschiedene Ruhe finden bei lauter Musik mit drohenden Ergüssen? Kaum hat er das Jammertal verlassen, schon schildert man ihm genüsslich das höllische Feuer, das ein für allemal seine irdischen Tränen ihm wegbrennt. So sehr hat der Mensch auf Erden gelitten, dass die Vorstellung der himmlischen Freuden ihm ganz entgeht, ihm gar zuwider ist. Keine Ruhe auf diesem Planeten, auch nicht im Himmel, das ist, was neun von zehn Requiems proklamieren. Reizende Aussicht !...

    Ein Künstler hatte gegen Ende des letzten Jahrhunderts den Mut und die Intelligenz, mit diesem barbarischen Vorurteil aufzuräumen. Mit Timen der Hoffnung erhellte er die rachsüchtigen Verse des Dies irae. Anstelle des tragischen Sonnenuntergangs, den Berlioz hinter schwefligen Wolken verbarg, liess Fauré über seiner Totenmesse eine heitere, Liebe und Hoffnung erweckende Morgensonne aufgehen.

    Maurice Duruflé hat nicht versucht, das unerreichbare Vorbild nachzuahmen; aber er hat ihm nachempfunden. Wie Fauré baute er auf dem gregorianischen Gesang auf, dessen Farben und Melodieführung er übernahm. Ausdrucksvoll wie Seufzer, sind die gregorianischen Neumen geschmeidig und glatt wie ein Vorwand. Zweifellos hat Duruflé sich in das Totenamt eingehend vertieft; und ohne zu zögern griff er auf den Text zurück, wo immer es möglich war.

    Er hat sich aber auch nicht gescheut, die ganze Wollust moderner Harmonie auszunutzen, von der Ravel und Fauré - letzteren nannte Raynaldo Hahn den "wollüstigen Gregorianer" - bewiesen haben dass sie sich sehr wohl dem Archaismus der modalen Tonleitern anpasst. Antike Gedanken kleidete Duruflé in neue Verse. Gregorianische Themen werden zuerst nackt vorgestellt und dann in gleichermassen prächtige und schlichte Harmonien gekleidet. Hierin liegt die ganz besondere Kunstfertigkeit des Komponisten, der ständig mit erstaunlicher Meisterschaft zwei Klippen umschifft: die des Anachronismus und die der Dürre.

    "Mein im Jahre 1947 vollendetes Requiem", schreibt Maurice Duruflé, "baut ganz und gar auf den Themen der gregorianischem Totenmesse auf. Bisweilen wurde der Text insgesamt übernommen, wobei das Orchester nur unterstützt oder kommentiert; an anderer Stelle habe ich mich von ihm lediglich inspirieren lassen; oder aber ich entfernte mich völig von ihm, zum Beispiel bei gewissen vom lateinischen Text angedeutenden Ehtwicklungen, insbesondere beim Domine Jesu Christe, dem Sanctus und dem Libera. Allgemein gesagt, kam es mir vor allem darauf an, den Stil der gregorianischen Themen auf mich einwirken zu lassen, wobei ich mich bemühte, nach Möglichkeit die gregorianische Rhythmik -so wie sie von den Benediktinern von Solesmes festgeschrieben wurde- mit den Erfordernissen der modernen Metrik in Einklang zu bringen."

    Was die musikalische Form der einzelnen Teile des Werkes anbelangt, so folgt sie grundlegend dem Aufbau der Liturgie. Die Orgel spielt nur eine episodische Rolle: sie unterstützt nicht etwa die Chöre insgesamt, sondern nur bestimmte Akzente; und bisweilen soll sie die gar zu menschlichen Töne des Orchesters dämpfen. Sie verkörpert die Vorstellung von Frieden, Glauben und Hoffnung.

    Das Requiem von Duruflé ist für dreifache Besetzung geschrieben (mit vier Hörnern), Streichquintett, Harfe, Celesta, Schlagzeug und Orgel, gemischten Chor, Sopran und Bariton.

    Einige Jahre zuvor hatte Duruflé, gewissermassen als Vorübung zu dem Requiem vier Motetten nach gregorianischen Themen geschrieben, die zum Vesper-Gottesdienst zu singen sind: Ubi caritas et amor, Tota pulchra es, Tu es Petrus und Tantum ergo. Duruflé bewegt sich in einer rein harmonischen und doch strikt polyphonen Welt ganz ungezwungen und doch gekonnt, mit einem Gespür für die geschmeidige Rhythmik, die durchaus unsere armen menschlichen Gebete wiederspiegelt, mit ihren Schwächen und Stärken, ihren Momenten der Extase, ihren Kniefâllen und ihrer "unendlichen Zärtlichkeit"... Gibt es eine Musik, die dem Schöpfer mit ebenso viel Objektivität und Verehrung begegnet?

Übersetzung: Ingrid Trautmann